Ce rapport examine la structure de financement des banques de l'UE, en mettant l'accent sur leur dépendance au financement en devises étrangères. Il analyse le ratio de financement stable net (NSFR) des banques de l'UE/EEE, ainsi que leur exposition par devise et par maturité. Les conclusions portent sur les implications de cette dépendance pour la stabilité financière des banques.
Ce rapport de l'Autorité Bancaire Européenne (EBA), publié en novembre 2025, analyse la structure de financement des banques de l'Union européenne (UE) et de l'Espace économique européen (EEE) ainsi que leur dépendance au financement en devises étrangères. Il s'appuie sur des données de reporting prudentiel (COREP et FINREP) au 31 décembre 2024, couvrant environ 93 à 97 % des actifs totaux du secteur bancaire européen selon les analyses. Le périmètre porte sur les banques enregistrées dans l'UE/EEE, avec un focus sur les devises significatives autres que la devise nationale de chaque banque, notamment le dollar américain (USD), la livre sterling (GBP), le franc suisse (CHF), le yen japonais (JPY) et d'autres devises européennes et non européennes. Le rapport s'inscrit dans un mandat de la Commission européenne visant à produire annuellement des indicateurs sur la part de marché des entités non-UE et sur les expositions en devises étrangères des banques européennes, pour la période 2024-2027.
Ce rapport examine la structure de financement des banques de l'UE/EEE et leur exposition aux devises étrangères, en particulier les devises dites significatives, au 31 décembre 2024. Il répond à un mandat de la Commission européenne visant à surveiller la dépendance des banques européennes au financement en devises étrangères et la part de marché des entités non-UE dans le secteur bancaire européen.
Les banques européennes affichent un ratio de financement stable net (NSFR) moyen pondéré de 127,6 %, largement supérieur au seuil réglementaire de 100 %, et stable par rapport à fin 2023. Toutefois, des écarts existent par devise : le NSFR est supérieur à 100 % pour la plupart des devises significatives, mais inférieur à 100 % pour le couronne norvégienne (NOK) et le yen japonais (JPY). Le NSFR en USD est à 101 %, en baisse par rapport à 107 % fin 2023, mais en nette amélioration depuis 83 % en juin 2021. 27 % des banques ayant une exposition significative en USD ont un NSFR inférieur à 100 % dans cette devise, et 41 % pour la GBP.
Les banques européennes obtiennent 21,1 % de leur financement total en devises étrangères selon les données individuelles, en hausse par rapport à 20,5 % fin 2023. Le financement en USD représente 13,1 % du total, en légère hausse (+0,7 %). Le financement en GBP et autres devises étrangères est stable. Le financement en devises étrangères est majoritairement assuré par le financement de gros non garanti (67 %), suivi des opérations de pension (15 %), des dépôts à vue (5 %) et des obligations couvertes (4 %).
Les expositions des banques européennes en devises étrangères représentent 32 % de leurs expositions totales, en hausse depuis 28,4 % fin 2023. Les expositions en USD constituent 23 % du total, en hausse de 3,7 points. Ces expositions sont principalement des prêts (70 %), suivis des engagements hors bilan (14 %), des actifs liquides (5 %) et des actifs auprès des banques centrales (4 %).
Au niveau consolidé, un tiers des actifs des banques européennes est en devises étrangères, contre un cinquième des passifs, traduisant un déséquilibre de change important, bien que moindre en USD (5,6 points). La réglementation n'impose pas un appariement strict devise par devise, mais les banques doivent gérer ces écarts, notamment via des couvertures.
En conclusion, les banques européennes disposent globalement d'un financement stable suffisant, mais certaines présentent des vulnérabilités en devises spécifiques, notamment en USD et GBP. La dépendance au financement en USD augmente, surtout au niveau des filiales, ce qui nécessite une vigilance accrue sur les risques de change et de liquidité.
Le rapport répond à un mandat de la Commission européenne donné en mai 2024, dans la continuité d'une première étude de 2021 et d'un rapport publié en 2022. Ce mandat impose à l'EBA de produire annuellement des indicateurs sur la part de marché des entités non-UE dans le secteur bancaire européen et sur la concentration de leurs activités, ainsi que d'analyser les expositions et financements des banques européennes en devises étrangères.
L'objectif est de mieux comprendre la dépendance des banques européennes au financement en devises étrangères, notamment en USD, et d'identifier les risques potentiels liés aux déséquilibres entre actifs et passifs en devises. Le rapport couvre les banques enregistrées dans l'UE et l'EEE, en s'appuyant sur des données de reporting prudentiel (COREP et FINREP) consolidées et individuelles au 31 décembre 2024.
Les analyses portent sur le ratio NSFR total et par devise significative, la structure de financement par type et devise, la maturité des financements, ainsi que sur la composition des expositions par devise. Les limites concernent notamment les différences entre données consolidées et individuelles, et l'exclusion des filiales non-UE dans certaines analyses. Le rapport est destiné à être produit annuellement jusqu'en 2027.
NSFR et financement stable :
- Le ratio NSFR moyen pondéré des banques UE/EEE est de 127,6 % fin 2024, stable par rapport à 127,3 % fin 2023, et supérieur au seuil réglementaire de 100 % (p. 12-14).
- Par devise, le NSFR est supérieur à 100 % pour EUR, USD (101 %), GBP (102 %), mais inférieur à 100 % pour NOK (87 %) et JPY (86 %), ces dernières représentant 2 % du financement stable (p. 13-14).
- 27 % des banques exposées en USD ont un NSFR USD < 100 %, 41 % pour la GBP, avec des disparités par pays (p. 13).
Structure de financement :
- Le financement total est majoritairement assuré par les dépôts à vue (23 %), suivi du financement de gros non garanti (44 %), du financement garanti (16 %) et des dépôts d'épargne et à terme (17 %) (p. 16-18).
- Selon FINREP, les dépôts représentent 63,6 % du bilan, les autres titres de dette 12,9 %, les obligations couvertes 5,5 % (p. 16-17).
- Le recours au financement de gros est plus élevé au Luxembourg (79 %), Allemagne (54 %), Belgique (51 %) et Suède (51 %) (p. 17).
Financement en devises étrangères :
- Selon la première méthodologie (banques avec financement en devises étrangères significatives), 25,2 % du financement total est en devises étrangères selon données consolidées, 21,1 % selon données individuelles (p. 20, 25).
- Le financement en USD représente 16,9 % (consolidé) et 13,1 % (individuel) du total, en hausse respective de 1,2 % et 0,7 % depuis 2023 (p. 23, 28).
- Le financement en GBP est stable autour de 2,3 % (consolidé) et 1,2 % (individuel) (p. 23, 28).
- Le financement en devises étrangères est majoritairement assuré par le financement de gros non garanti (57 % consolidé, 67 % individuel), suivi des opérations de pension (15 % consolidé, 15 % individuel) et des dépôts à vue (5 % consolidé, 11 % individuel) (p. 21, 26).
Maturité du financement :
- La part du financement stable à court terme (< 12 mois) est de 73 % en moyenne, stable par rapport à 2023 (p. 32-33).
- Certains pays (Lituanie, Belgique, Pologne) ont une forte dépendance au financement court terme, mais principalement en devise domestique (p. 32).
Expositions en devises étrangères :
- Les expositions totales des banques UE/EEE se composent majoritairement de prêts (53 %), engagements hors bilan (16 %), actifs liquides (11 %) et actifs auprès des banques centrales (10 %) (p. 34-35).
- 35,7 % des expositions nécessitant un financement stable sont en devises étrangères selon données consolidées, 32 % selon données individuelles, en hausse depuis 2023 (p. 36, 40).
- Les expositions en USD représentent 22,5 % (consolidé) et 23 % (individuel) du total, en hausse de 3,4 % et 3,7 % respectivement (p. 37, 40).
- Les expositions en devises étrangères sont principalement des prêts (58 % consolidé, 70 % individuel), engagements hors bilan (17 % consolidé, 14 % individuel) et actifs liquides (10 % consolidé, 6 % individuel) (p. 37, 41).
Déséquilibre devises :
- Au niveau consolidé, un tiers des actifs est en devises étrangères contre un cinquième des passifs, traduisant un déséquilibre de change de 10,5 points de pourcentage, moindre en USD (5,6 points) (p. 44).
- Ce déséquilibre nécessite une gestion prudente, notamment par des couvertures, même si la réglementation n'impose pas un appariement devise par devise (p. 7, 44).
Faits établis :
- Le NSFR moyen pondéré des banques UE/EEE est de 127,6 % fin 2024, toutes banques au-dessus du seuil réglementaire (p. 12-14).
- 21,1 % du financement total des banques est en devises étrangères selon données individuelles, 25,2 % selon données consolidées (p. 20, 25, 26).
- Le financement en USD représente 13,1 % (individuel) à 16,9 % (consolidé) du total, en hausse depuis 2023 (p. 23, 28).
- Les expositions en devises étrangères représentent 32 % (individuel) à 35,7 % (consolidé) des expositions totales, avec une part en USD de 22,5 % à 23 % (p. 37, 40).
Hypothèses :
- La méthodologie distingue deux approches : une incluant uniquement les banques avec financement/exposition en devises étrangères significatives, l'autre incluant toutes les banques, ce qui impacte les ratios calculés (p. 19, 35).
- Les données consolidées peuvent surestimer la part de financement en devises étrangères car les filiales non-euro apparaissent en devises étrangères (p. 8, 19).
Interprétations :
- La hausse du financement en USD, plus marquée au niveau des filiales, indique une dépendance croissante au dollar, avec des risques potentiels de liquidité et de change (p. 44).
- Le déséquilibre entre actifs et passifs en devises étrangères, bien que réglementairement toléré, nécessite une gestion prudente pour éviter des vulnérabilités en cas de choc de change (p. 44).
Incertitudes :
- Les données individuelles excluent les filiales non-UE, ce qui peut limiter la visibilité sur l'exposition globale des groupes bancaires (p. 8).
- L'absence d'exigence réglementaire de couverture devise par devise peut conduire à des pratiques hétérogènes entre banques (p. 7, 44).
Le rapport conclut que les banques de l'UE/EEE disposent globalement d'un financement stable suffisant pour couvrir leurs besoins, avec un NSFR total supérieur à 100 % pour toutes les banques. Cependant, des vulnérabilités subsistent au niveau des devises individuelles, notamment pour le dollar américain et la livre sterling, où une part significative des banques affiche un NSFR inférieur à 100 %.
La dépendance au financement en devises étrangères, en particulier en USD, a augmenté en 2024, surtout au niveau des filiales, ce qui souligne la nécessité d'une surveillance continue des risques liés aux déséquilibres de change et de liquidité. Le financement de gros non garanti constitue la principale source de financement en devises étrangères.
Les expositions en devises étrangères sont plus élevées que les passifs correspondants, traduisant un déséquilibre de change important qui doit être géré avec prudence, notamment par des couvertures adaptées.
Le rapport recommande implicitement de poursuivre la surveillance annuelle de ces indicateurs pour suivre l'évolution des risques liés au financement et aux expositions en devises étrangères, sans préconiser de mesures réglementaires spécifiques dans ce document.
Note de synthèse rédigée à partir du document intégral par l’Académie DataSAI. Cette note vient de la bibliothèque scientifique de l’Académie DataSAI, en accès libre.